X
XLinkedinWhatsAppTelegramTelegram
0
Lire cet article dans:

Exophtalmie chez les porcs… augmentation du nombre de cas associés à un parvovirus isolé chez les renards

En très peu de temps, ce syndrome clinique associé à un parvovirus du renard a été signalé dans plusieurs pays européens.

19 Octobre 2026
X
XLinkedinWhatsAppTelegramTelegram
0

Introduction

En 2024, Royal GD (Deventer, Pays-Bas) a reçu une demande d’examen post-mortem d’un porcelet sevré provenant d’un élevage comptant 850 truies. Les porcelets sevrés de cet élevage présentaient un syndrome caractérisé par une protrusion des globes oculaires ou exophtalmie (« yeux exorbités »), une opacité cornéenne et une perte de poils. Au cours de l’autopsie de ce cas et d’autres cas ultérieurs, plusieurs signes pathologiques ont été constatés et de nombreux agents pathogènes ont été détectés grâce à des tests diagnostiques de routine. Cependant, ces résultats n’étaient pas cohérents d’un cas à l’autre et n’expliquaient pas de manière satisfaisante le syndrome clinique observé.

Diagnostic clinique

Afin de cerner le problème avec plus de précision, une visite conjointe de l'élevage a été effectuée en présence du vétérinaire responsable et du nutritionniste. Les animaux atteints en phase aiguë ont été examinés afin de déterminer l’âge d’apparition et l’évolution de la maladie. De même, on a cherché à identifier si les porcs atteints présentaient d’autres signes, tels qu’une réponse réduite aux stimuli ou de la fièvre.

Environ 15 % des porcelets allaitants présentaient des signes cliniques similaires. Certains n'avaient que dix jours. Au sein des portées touchées, le nombre de porcelets présentant des symptômes cliniques variait d'un ou deux à la quasi-totalité de la portée.

Les signes cliniques comprenaient :

  • l'exophtalmie (protrusion des globes oculaires)
  • le strabisme
  • l’alopécie (perte de poils)
  • l’érythème (hyperémie cutanée)
Photo 1. Porcelet atteint, âgé de 4 semaines, présentant un exophtalmie et un strabisme, une inflammation au niveau du cou et un raccourcissement de la mâchoire inférieure. La peau du thorax présente des égratignures.

Photo 1. Porcelet atteint, âgé de 4 semaines, présentant un exophtalmie et un strabisme, une inflammation au niveau du cou et un raccourcissement de la mâchoire inférieure. La peau du thorax présente des égratignures.

Certains porcelets présentaient également une inflammation au niveau du cou et d’autres une mâchoire inférieure visiblement plus courte. Les porcs les plus gravement atteints respiraient la bouche ouverte.

Malgré tout, les porcelets étaient alertes, présentaient une bonne condition corporelle et leur température se situait dans la fourchette de référence. Aucun lien n’a été établi avec la parité des truies ni avec le sexe des porcelets.

Chez les porcelets sevrés, le vétérinaire a observé le même tableau clinique que celui décrit précédemment ; des animaux atteints de manière chronique, présentant d’éventuelles séquelles à long terme, telles qu’une conjonctivite, une opacité cornéenne et un retard de croissance. Rétrospectivement, d’après des photographies enregistrées, certaines truies présentaient également une légère protrusion des globes oculaires, mais aucun autre signe clinique évident.

Diagnostic de laboratoire

Lors de la visite à l'élevage, des échantillons de sang ont été prélevés sur cinq porcelets atteints et, le lendemain, trois animaux ont été envoyés pour autopsie. Les analyses sanguines ont révélé des taux légèrement élevés d’haptoglobine, de lactate déshydrogénase, de phosphatase alcaline et de bilirubine, ainsi qu’une diminution de la créatinine (tableau 1), ce qui indiquait une atteinte hépatique ; toutefois, les autres paramètres sanguins étaient incohérents. Aucun signe clinique d’ictère ni d’anémie n’a été observé. Il convient de noter que, lors de l’autopsie, aucune lésion macroscopique ni microscopique évidente n’a été observée au niveau des yeux, de la peau ou des organes abdominaux. Les tissus ont été conservés en vue d’analyses ultérieures.

Tableau 1. Résultats des analyses sanguines. Seuls les résultats anormaux cohérents sont présentés. (Le texte en rouge indique des valeurs élevées par rapport aux valeurs de référence et le texte en orange indique des niveaux inférieurs à la fourchette de référence)

Porcelet 1 2 3 4 5 Unité
Âge 23 18 17 16 23 jours
Haptoglobine 0,1 1,0 0,54 1,14 1,08 g/L
Bilirrubine totale 7,2 4,2 9,3 5,3 4,2 µmol/L
Créatinine 91 65 67 74 66 µmol/L
Albumine 32,2 31,9 34 28,1 23,3 g/L
LDH 734 850 966 629 581 U/L
FA 767 724 500 684 635 U/L

LDH = lactate déshydrogénase, FA = phosphatase alcaline

Évolution de l'épidémie

Au cours de l'hiver et du printemps 2025, plusieurs vétérinaires ont signalé des cas similaires.

Aux Pays-Bas, il existe un programme de surveillance sanitaire animale, mis en œuvre par le Royal GD en collaboration avec l'association néerlandaise des éleveurs de porcs et le ministère néerlandais de l'Agriculture, de la Pêche, de la Sécurité alimentaire et de la Nature. Dans le cadre de ce programme, entre autres services, un service d'assistance téléphonique est proposé à tous les opérateurs du secteur de l'élevage, ainsi que des services subventionnés de conseil vétérinaire spécialisé et d'autopsies.

Dans ce contexte, davantage de visites ont été effectuées dans les élevages, un grand nombre d’échantillons ont été prélevés et des porcelets ont également été envoyés au laboratoire pour une analyse approfondie. Cependant, malgré l’examen de nombreuses hypothèses, aucun facteur commun n’a été identifié et aucune conclusion définitive n’a pu être tirée. De nombreux diagnostics différentiels ont été écartés, tels que l’hyperthyroïdie, l’hyper- et l’hypovitaminose D, ainsi que les intoxications aux métaux lourds. Face au nombre croissant d'élevages signalant ces signes cliniques, il a été décidé d’utiliser un protocole avancé de séquençage de nouvelle génération développé en interne afin de rechercher d’éventuels agents pathogènes infectieux dans des échantillons de tissus conservés.

Découverte du virus

Chez 18 porcs provenant de 5 élevages touchés, des preuves claires et cohérentes de la présence d’ADN viral appartenant à un protoparvovirus ont été mises en évidence.

Le génome du protoparvovirus obtenu présentait une grande similitude avec un parvovirus précédemment identifié dans un échantillon fécal provenant d’un renard prélevé aux Pays-Bas en 2012.

Ce « fox » (renard, en français) parvovirus n’a pas été détecté dans les échantillons provenant de porcs sains non touchés, ni dans les données relatives aux séquences archivées issues d’échantillons prélevés avant 2025. Afin de confirmer la présence du fox parvovirus chez tous les porcs touchés, une PCR spécifique à ce virus a été mise au point et des résultats positifs ont été obtenus chez tous les animaux touchés. Les tissus des porcs non atteints se sont révélés négatifs. Par la suite, un test d’hybridation in situ a été réalisé, confirmant la présence d’ARN viral dans les tissus, ce qui indiquait la synthèse de protéines virales dans ces cellules. Enfin, le virus a pu être isolé.

Suivi et recherches en cours

Le suivi de l'élevage initialement touché a été assuré par le vétérinaire de l'exploitation. Le nombre de porcelets touchés a considérablement diminué au cours des quatre mois qui ont suivi l'apparition des premiers cas, et d'autres élevages ont également confirmé une évolution similaire. Cependant, le suivi à long terme mené dans d’autres exploitations indique que certains animaux peuvent continuer à être touchés pendant de nombreux mois. Bien que des études spécifiques restent à mener, les résultats positifs au test PCR sur divers échantillons (notamment des matières fécales, du sang, des prélèvements cutanés et environnementaux) suggèrent une excrétion virale élevée. Les parvovirus étant extrêmement résistants dans l’environnement, on s’attend à ce que, en cas de baisse de l’immunité, de nouveaux cas puissent apparaître dans les élevages, avec éventuellement des épidémies plus importantes dans quelques années, lorsque la population de truies aura été entièrement renouvelée.

Impact sur les élevages

Les éleveurs ont signalé la nécessité d’apporter des soins supplémentaires importants pour nourrir les porcelets sevrés touchés, car la consommation de creep feed chez les porcelets allaitants est presque totalement interrompue et celle d’aliment chez les porcelets récemment sevrés est réduite. En conséquence, les porcelets peuvent souffrir de maladies courantes après le sevrage et d’un ralentissement de la croissance. Les vétérinaires ont également observé une augmentation des anomalies cutanées, telles que des écorchures et une épidermite exsudative (greasy pig disease), au sein des populations touchées.

Au cours de la phase aiguë de l’épidémie, certains éleveurs ont signalé des avortements chez certaines truies avant l’apparition des signes cliniques chez les porcelets allaitants. De plus, les vétérinaires ont signalé une augmentation des malformations congénitales et des hernies ombilicales dans les élevages touchés. Toutefois, il n’a pas encore été possible d’établir un lien de causalité entre ces signalements et le parvovirus du renard, les premières analyses s’étant révélées négatives.

Les éleveurs ont constaté une augmentation de la commercialisation de porcelets de qualité inférieure ou ne répondant pas aux normes d’abattage. Bien que la mortalité chez les porcelets sevrés puisse augmenter d’environ 6 % dans certaines exploitations gravement touchées, probablement en raison de maladies concomitantes et de séquelles à long terme, la plupart des élevages font état d’un impact direct moindre sur la mortalité.

Les données préliminaires provenant des élevages touchés suggèrent que la productivité et la rentabilité sont principalement affectées par :

  • une consommation accrue d’aliments
  • un ralentissement de la croissance chez les porcelets allaitants (-1 kg de poids au sevrage à 28 jours) et chez les porcelets sevrés (-2 kg à 10 semaines)
  • une baisse des ventes à l’abattoir de porcs de valeur complète.

Les effets potentiels sur la croissance des porcs d’engraissement n’ont pas encore fait l’objet d’études.

Les calculs préliminaires indiquent que la perte de marge moyenne par porcelet vendu à 25 kg pourrait varier entre 1,11 € lors d’une épidémie légère de quatre mois et 2,95 € lors d’une épidémie grave de six mois, en tenant compte de tous les porcelets vendus au cours d’une année. La perte de marge par truie se situerait entre 34 € et 84 € par an dans les mêmes conditions. Ces calculs reposent sur l’hypothèse d’un prix du porcelet constant (50 €) et sur le fait que la réduction de la croissance peut être compensée au sein des installations existantes.

Perspectives

Ce syndrome clinique et la découverte du parvovirus du renard étant relativement récents, de nombreuses questions restent encore sans réponse concernant la pathogenèse du virus, la réponse immunitaire ainsi que les options de traitement et de prévention, notamment la vaccination, entre autres. Cependant, en très peu de temps, la maladie a déjà été signalée dans plusieurs pays européens (Canuti et al., 2026 ; Theuns, 2026 ; Tobias et al., 2026). On ignore comment le virus s’est introduit dans les élevages porcins et si son hôte d’origine est le renard ou l’une de ses proies. Les parvovirus étant résistants, il semble peu probable que ce virus disparaisse facilement des élevages. L’impact clinique pourrait s’atténuer si l’immunité collective s’avère durable, mais il pourrait réapparaître si celle-ci venait à diminuer. Il existe donc des raisons suffisantes pour maintenir une surveillance active et poursuivre un suivi étroit par Royal GD, en collaboration avec les vétérinaires et les professionnels du secteur.

Commentaires de l'article

Cet espace n'est pas destiné a être une zone de consultation des auteurs mais c'est un lieu de discussionouverts à tous les utilisateurs de 3trois3.
Publier un nouveau commentaire

Pour commenter, vous devez être utilisateur de 3trois3 et vous connecter

Vous n'êtes pas inscrit à la liste Le site web en 3 minutes

Un résumé tous les 15 jours des nouveautés de 3trois3.com

Connectez-vous et inscrivez-vous à la liste

Articles liés

Vous n'êtes pas inscrit à la liste Le site web en 3 minutes

Un résumé tous les 15 jours des nouveautés de 3trois3.com

Connectez-vous et inscrivez-vous à la liste